Se détacher de la subjectivité en grandissant ?
Notre cerveau, durant sa croissance, évolue énormément. Nous percevons évidemment cette évolution tous les jours de manière concrète - l'exemple phare de sa catégorie : la maturité. Par maturité, j'entends bien évidemment sérieux, responsable ou encore réfléchi.
Mais ces lentes modifications se traduisent également par un renforcement de l'esprit critique. C'est d'ailleurs ce que le psychologue Piaget a décrit sous le nom de décentration (passer d'une pensée égocentrée à la capacité de prendre d'autres points de vue). Ce sujet souvent évoqué - et souligné comme étant une importante capacité à développer - nous vient plus ou moins naturellement. Evidemment, l'enfant développe très tôt de la honte ou remise en question, chose fortement influencée par le contexte familial. Mais assez souvent, l'enfant, quoi qu'il fasse, est fier de lui. Cela est surtout vrai concernant des actions personnelles et un cadre bienveillant. Mais ce n'est vrai que jusqu'à un certain âge. Cet âge que j'évoque est, pour moi, centré sur l'adolescence. Le jeune adulte et l'adulte en général se remet bien plus souvent en cause.
Il est ici tentant de conclure que l'homme gagne alors directement en objectivité, et que l'on ne peut que s'améliorer soi-même.
Mais en réalité nous sommes dans une situation délicate. L'adulte peut se remettre en cause trop (anxiété, syndrome de l'imposteur) ou mal (se juger selon des normes sociales arbitraires). Plus d'autocritique ne signifie pas plus de justesse. En effet, dès l'adolescence, nous sommes exposés à une bien plus grande pression sociale, mais également à de nombreux biais cognitifs.
Que peut-on alors conclure?
Certes, nos yeux se sont ouverts, on s'améliore via une autocritique très puissante de nous-mêmes. Cela nous force souvent à évoluer vers ce que l'on pense être une meilleure version de nous-mêmes.
Mais d'un autre côté, Daniel Kahneman (Système 1 / Système 2) a montré que les adultes sont bourrés de biais cognitifs : confirmation, ancrage, effet de halo… L'effet Dunning-Kruger montre même que des adultes incompétents dans un domaine surestiment leur niveau. L'enfant, lui, peut paradoxalement voir certaines choses plus clairement. Il suffit de lire le conte Les habits neufs de l'empereur pour s'en rendre compte. C'est l'histoire d'un enfant qui dit la vérité que tous les adultes refusent de voir.
Ainsi, malgré l'ouverture de notre esprit, et la prise de conscience de nous-mêmes durant notre croissance, l'objectivité reste difficile à atteindre.
En repérant nos propres biais, on comprend comment fonctionne l'esprit humain en général, et donc on lit déjà mieux le monde. Voir (autocritique brute) ne suffit plus, il faut cerner les choses précisément (analyse méthodique de ses biais).
Socrate ne disait pas autre chose avec son « Connais-toi toi-même » : apprendre à se connaître soi-même est déjà une belle façon d'apprendre à connaître le monde.